29/12/08
Deux critiques ronchons
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Fabrice Luchini et le théâtre

Oui, parce qu'il y a soit le théâtre subventionné, où l'on est entre soi, soit le théâtre privé, qui est à l'agonie, et surexploite une convention morte : il faut que ça rapporte, alors ils ressassent les mêmes recettes, les mêmes vedettes, et sont incapables d'innover, de perturber, de troubler. Moi j'aime être élevé par des génies, mais aussi rire, rire, rire, et ne pas m'ennuyer. Rire avec Nietszche, quand il dit : "On ne tue pas par la colère, mais on peut tuer par le rire. Alors, tuons l'esprit de pesanteur."
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24/12/08
Echoes in Space
Miam...Pink Floyd + Stanley Kubrick ! Une de ces perles qu'on peut trouver sur Youtube...
Joyeux Noël à tous!
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23/12/08
Lola Montès au Flagey
L'histoire de ce film est assez amusante, comme vous pouvez lire ici. C'est en tout cas une oeuvre complexe, et finalement pas si jo-jo: Lola Montes est une courtisane sur le retour, qui après avoir été la maîtresse d'hommes riches et puissants, est obligée de travailler dans un cirque pour subsister.
La dernière scène est particulièrement réussie et sinistre: Lola, montrée telle une bête de foire littéralement dans une cage: pour un dollar seulement, les hommes du public peuvent lui embrasser la main à travers les barreaux. Faut être givré pour inventer un tel scénario. En tout cas impensable de nos jours, sinon pour se rattraper la ligue des féministes sur le dos aussi sec.
Mais bon, das Leben geht weiter, comme dirait Lola Montès.
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Martin Margiela: Fashion meets art
Mais ça n'a pas toujours été le cas: avant on devait se contenter de Rubens et des diamants. C'est au début des années 80 que tout a changé, lorsque Bikkembergs, Ann Demeulemeester, Dries van Noten, Dirk van Saene, Walter van Beirendonck et Marina Yee obtiennent leur diplôme de stylisme à l’Académie Royale des Beaux Arts (heu pardon: Koninklijke Academie der Schoone Kunsten van Antwerpen). Ensemble ils se font connaître sous le nom des “Six d’Anvers” en devenant les enfants terribles de la mode, avant-gardistes et insolents, bouleversant les codes établis, pour la plus grande joie de tous.
Beaucoup le considèrent comme le "septième" d'Anvers, car il y a aussi étudié, et au même moment que les six autres (c'est marrant, on a l'impression qu'il ne manque que Blanche-Neige): j'ai nommé Martin Margiela. Martin Margiela est sans doute le plus "iconoclaste" des sept, et son approche a le même impact que celui de Duchamp en art, j'ose le dire. D'ailleurs on a qualifié celle-ci de "méta-mode": c'est-à-dire que c'est de la mode qui parle de la mode.
Comme il joue sans cesse avec les règles implicites du genre, n'hésitant pas à montrer les coutures, dénouer pour renouer les fils et ficelles de ses créations, on a qualifié ce style ultra nouveau de "déconstruction". La déconstruction, c'est quand on montre les "échafaudages" derrière l'oeuvre, quand on "démonte" un genre pour en montrer ce qui semblait évident mais qui n'est en réalité que le résultat de "constructions" sociales, morales, esthétiques etc...
Déconstructioniste, Margiela l'est aussi dans son attitude envers les medias: évitant le culte de la personnalité propre au star system du monde de la mode, Martin Margiela cherche au contraire à développer un culte de l’impersonnalité en s’affranchissant des conventions de l’industrie de la mode (source ici). Ni photo ni interview directe, il s'efforce de rester caché pour "laisser parler le vêtement" seul, comme on le voit dans ce petit film (malgré la voix crispante de la journaliste)
L'exposition est très réussie et met bien en évidence les différentes composantes de l'art de Margiela. A aller voir, c'est clair (et allez, les Bruxellois: Anvers n'est qu'a 30 minutes de la capitale!)
Ill: Doll's collection: vêtements de barbie agrandis à taille humaine, en gardant les disproportions originales propres aux vêtements de poupées.
Ill: "Silhouettes": sur un mur blanc, des mannequins vêus de noir se profilent avec netteté, et donnent un caractère suréaliste aux vêtements. Est-ce encore de la mode?
A lire: cet excellent compte-rendu de l'exposition sur le site Fashion Projects.
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22/12/08
Merry Christmas from the Sixties
...ça vous intéresse? hops:
"This is the early evening edition of the news.
The recent fight in the House of Representatives was over the open housing section of the Civil Rights Bill. Brought traditional enemies together but left the defenders of the measure without the votes of their strongest supporters. President Johnson originally proposed an outright ban covering discrimination by everyone for every type of housing but it had no chance from the start and everyone in Congress knew it. A compromise was painfully worked out in the House Judiciary Committee.
La controverse dont il est question ici, est celle du"open housing" ou "Fair housing", et concerne l'interdiction de discrimination (principalement raciale) dans les questions de logements. La loi passa finalement en avril 1968, une semaine après l'assassinat de Luther King.
"'to' is a preposition, 'come' is a verb" and the sexual context of "come" is so common that it bears no weight, and if someone hearing it becomes upset, he "probably can't come."

Au fond Lenny Bruce est un symbole: il incarne l'esprit contestataire de cette décennie, en pleine ébullition à la veille de mai 68. Il fut d'ailleurs réhabilité en 2003, trente-sept ans après sa mort, par le gouverneur de New York George Pataki; ce fut le premier geste dans ce genre de l'histoire de cet Etat. Pataki déclara que son acte était "a declaration of New York's commitment to upholding the First Amendment." Le first amendment pour ceux qui ne le savent pas, établit la fameuse liberté d'expression, liberté de la presse, liberté de culte, droit de pétition, droit de manifester et interdit expressément de formuler des lois au respect d'une religion établie.
Dr. Martin Luther King says he does not intend to cancel plans for an open housing march Sunday in the Chicago suburb of Cicero. Cook County Sheriff Richard Ogleby asked King to call off the march and the police in Cicero said they would ask the National Guard to be called out if it is held. King, now in Atlanta, Georgia, plans to return to Chicago Tuesday.
Rubin se rend à l'une des sessions habillé en soldat de la guerre d'indépendance, et distribue aux personnes présentes des copies de la Déclaration d'indépendance. Puis il "fait d'immenses bulles de chewing-gum pendant que ses témoins raillent la commission en faisant à ses membres des saluts nazis.
Hoffman se présente quant à lui à une session déguisé en Père Noël. A une autre occasion, la police arrête Hoffman à l'entrée du bâtiment parce qu'il est revêtu uniquement du drapeau américain. Et Rubin, qui s'est emmailloté quant à lui du drapeau Vietcong, proteste et s'écrie que les forces de police sont communistes pour ne pas l'arrêter également.
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16/12/08
Gelido in ogni vena
Vous voyez? Maintenant c'est vous qui l'avez attrapé cet Ohrwurm!
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15/12/08
100 pour cent
Cent est :
- Dérivé du latin centum (sens identique), issu de l’indoeuropéen *(d)km̥tó-m. (l'astérisque c'est pour montrer qu'il s'agit d'une reconstitution linguistique, car il n'existe pas de traces écrites de cet idiome "originel")
- La somme des neuf premiers nombres premiers : 2 + 3 + 5 + 7+ 11 + 13 + 17 + 19 + 23 = 100. WAW-c'est presque mystique non ?
- La somme des cubes des quatre premiers entiers naturels : 1³ + 2³ + 3³ + 4³ = 100. Dieu existe!
- Un nombre 18-gonal ou octakaidecagonal (impossible à prononcer ce truc). En gros, cela veut dire que c'est un nombre représentable par un polygone régulier, de 18 côtés.
- Un nombre Harshad : il est divisible par la somme de ses chiffres, 1 + 0 + 0 = 1. (Je vous renvoie à l'article de wiki sur les nombres Harshad, je n'y ai rien compris)
- Un nombre anti-co-indicateur : il ne peut pas être exprimé comme la différence entre un entier positif et le nombre d'entiers premiers avec lui qui lui sont inférieurs. Yallah
- Divisible par le nombre de nombres premiers qui lui sont inférieurs (25).
- Le 50ème nombre pair
- Les 854ème-856ème digit du nombre pi (il faudrait vérifier...mais vous vous souvenez du nombre pi? le rapport constant entre la circonférence d'un cercle et son diamètre?) (par conséquent aussi le rapport constant entre l'aire d'un disque et le carré de son rayon). (quel poète cet Archimède!)
- Un chiffre sacré pour les pythagoriciens, car c'est le carré de dix (10=décade divine)
- La température d'ébullition de l'eau.
- Le numéro d'appel d'urgence en Belgique.
- Cent zéros après le chiffre 1 (donc 10 exposant cent) (donc: 10 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000) forment le chiffre dit Googol (en français: Gogol) (et oui). Le terme fut inventé par un certain Milton Sirotta (neveu du mathématicien Edward Kasner) quand il avait neuf ans, à la demande de son oncle. Accessoirement c'est d'ailleurs l'origine du nom Google, comme expliqué sur le site du fameux moteur de recherches. Je vous conseille de lire l'article de wikipedia c'est troublant.
Et pour le fun:
- La guerre de cent ans entre la France et l'Angleterre dura en réalité 116 ans (1337-1453) .
- Les Cent-Jours désigne la période comprise entre le 1er mars (retour en France de l'empereur Napoléon Ier) et le 18 juin 1815 (défaite de Waterloo).
- "Les 100 vues du Fuji" d'Hokusai (1760 -1849) est un livre contenant cent dessins en noir et blanc représentant le mont Fuji, réalisés par l'artiste japonais Hokusai dont on peut dire en bruxellois qu'il avait un fameux zin à propos de cette montagne (c'est-à-dire une obsession). Il l'a peinte sous tous les angles et par tous les temps. Pour la petite histoire, son art exerça une influence décisive sur la peinture des impressionnistes français du 19e siècle (cfr: le courant du japonisme), et ce n'est pas rien.
- La fameuse (et controversée) Leni Riefenstahl, photographe et réalisatrice allemande, est morte centenaire.
- Le 100 mètres est une discipline d'athlétisme consistant à courir sur cette distance le plus vite possible (record du monde masculin: 9sec69'') (quand je pense que mon record est de 19 secondes...hum je suis une intellectuelle moi)
- Le centième jour de l'année (non bissextile) tombe le dix avril.
- Les Hecatonchires dans la mythologie grecque étaient comme leur nom l'indique (hu hu hu) des géants à cent mains. En plus de ça, ils étaient dotés de 50 têtes crachant du feu. Ce sont les trois fils d'Ouranos et Gaïa (le Ciel et la Terre). Hum. Le Ciel et la Terre feraient mieux d'arrêter de coucher ensemble.
- Une hécatombe désignait chez les même Grecs le sacrifice rituel de cent boeufs (c'est énorme, cent beufs!)
- Dans l'Ancien testament, Sem (fils de Noé) et Abraham (descendant de Sem) avaient tous les deux 100 ans lorsqu'ils devinrent pères. Abraham est un être étonnant: circoncis à 99 ans il est mort à 175 ans.
- Le roman Cent ans de solitude fut écrit par Gabriel García Márquez en 18 mois. C'est pas mal comme performance, mais c'est nioniotte à côté de Stendhal, qui aurait écrit “La Chartreuse de Parme” en 52 jours.
Allez j'arrête ici...on se retrouve pour le 1000ème poste?
Inch'Allah comme disent les descendants par la main gauche du vieil Abraham sus-mentionné!
...
Vous pouvez admirer les vues du Mont Fuji sur ce site.
(Source également: http://www.wisdomportal.com/Numbers/100.html)
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11/12/08
Niele Toroni raconte...
En tout cas, moi je n'aimerais pas être l'assistant...
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Le questionnaire de Proust
Allez, en attendant que les enchères montent, profitez-en pour le moment c'est gratuit:
- Le principal trait de mon caractère: le besoin d'apprendre
- La qualité que je préfère chez un homme: l'intelligence
- La qualité que je préfère chez une femme: idem
- Ce que j'apprécie le plus chez mes amis: leurs ragots, leurs excès, leurs coups de gueule, leurs cuites, leurs aventures
- Mon principal défaut: dilettantisme
- Mon occupation préférée: nager sous l'eau
- Mon rêve de bonheur: être écrivain
- Quel serait mon plus grand malheur ? Mourir idiote
- Ce que je voudrais être: immortelle
- Le pays où je désirerais vivre: de Cocagne
- La couleur que je préfère: le rouge dans toutes ses nuances
- La fleur que j'aime: lilas
- L'oiseau que je préfère: perruche
- Mes auteurs favoris en prose: (en ce moment) Paul Auster, Arnaldur Indridason
- Mes poètes préférés: Rimbaud et Baudelaire, celui du Cantique des cantiques
- Mes héros dans la fiction: Peter Pan
- Mes héroïnes favorites dans la fiction: Miss Marple
- Mes compositeurs préférés: Bach, Machaud, Pink Floyd
- Mes peintres favoris: Van Eyck, Memling, Dürer, Turner, Obey
- Mes héros dans la vie réelle: Steve Jobs, Coppola, Banksy, Tom Stoppard
- Mes héroïnes dans l'histoire: Aliénor d'Aquitaine, Elizabeth I
- Mes noms favoris: Igor, Helga, Theodora
- Ce que je déteste par-dessus tout: attendre
- Personnages historiques que je méprise le plus: ceux qui ont fait tomber des empires: Cléopâtre par exemple
- Le fait militaire que j'admire le plus: La traversée des Alpes d'Hannibal
- La réforme que j'estime le plus: comme Proust: sans opinion
- Le don de la nature que je voudrais avoir: avoir besoin de très peu de sommeil
- Comment j'aimerais mourir: en sauvant quelqu'un
- État présent de mon esprit: survolté, en attente, inquiet, heureux, insatisfait
- Fautes qui m'inspirent le plus d'indulgence: les péchés de gourmandise
- Ma devise: L'avantage d'être intelligent c'est qu'on peut toujours faire l'imbécile, alors que l'inverse est totalement impossible (c'est pas moi, c'est Woody Allen)
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10/12/08
L'institutionalisation du Street Art
On peut le déplorer, on peut se réjouir: le street art a été l'objet du premier "Award" le 4 décembre passé à Londres (la même semaine que le Turner Prize, le prix artistique number one en GB, plus officiel que ça tu meurs)Quelques projets en vrac:
JR:
"Anyone can be a street artist, anyone can be the audience and anyone can be the critic, from a taxi driver to a schoolboy, everyone has an opinion on what they think is good and that's a relatively new thing".
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08/12/08
Eblouissante Rusalka à la Monnaie
Ta lumière transperce le lointain,
Tu vas de par le vaste monde,
Tu vas jusque chez les humains.
Arrête-toi un instant,
Dis-moi, où est mon amour ?
Dis-lui, lune argentée,
Que pour moi tu l'entoures de tes bras,
Tu lui pour qu'au moins un instant,
Il se souvienne de moi en songe.
Et dis-lui que je l'attends,
Éclaire- le là-bas, très loin,
Et si j'apparais en songe à cette âme humaine,
Fasse qu'elle s'éveille avec ce souvenir,
Lune, ne te cache pas, ne te cache pas, Lune, ne te cache pas !
Impossible de rendre en mots l'incohérente mise en scène qui vacille du kitsch à l'émouvant, sortie de l'imagination fertile du jeune, surprenant, audacieux et beau metteur en scène Stefan Herheim. A part quelques détails anti-religieux d’une banalité un peu convenue, comme ces nonettes en fouffe aux dessous dévoilés, le spectacle est grandiose et la magie bien présente.
La spécialité de Herheim est de faire correspondre étroitement l'action on stage avec la musique de l'orchestre. Dès le début et tout au long de l'histoire, les tonalités de la partition, ses rebondissements, ses coups de théâtre, ses popopopom ses glinglinglinglgin et TATATAM sont illustrés et rendus fidèlement par la mise en scène, parfois privée de chant pendant de longues minutes.
D’ailleurs, on peut reprocher à une mise en scène aussi envahissante de causer du tort au chant, en l’occultant un peu, mais vu que c’est Dvorak, personne ne s’en plaindra.
Un beau spectacle à aller voir, en mettant de côté ses attentes d’une narration logique et linéaire car Herheim n’hésite pas à brouiller les cartes… Les personnages sont multipliés , dédoublés, transformés, c’est le flou total. Un conseil : lisez le résumé avant de sortir, et puis oubliez-le aussi sec pour vous laisser envoûter par le monde aquatique de la pauvre nymphe tchèque.
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04/12/08
Prix du livre européen

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02/12/08
Ecriture automatique
Texte extrait de "La glace sans tain", Les Champs magnétiques, André Breton et Philippe Soupault:
"Prisonniers des gouttes d'eau, nous ne sommes que des animaux perpétuels. Nous courons dans les villes sans bruits et les affiches enchantées ne nous touchent plus. À quoi bon ces grands enthousiasmes fragiles, ces sauts de joie desséchés ? Nous ne savons plus rien que les astres morts ; nous regardons les visages ; et nous soupirons de plaisirs. Notre bouche est plus sèche que les pages perdues ; nos yeux tournent sans but, sans espoir. Il n'y a plus que ces cafés où nous nous réunissons pour boire ces boissons fraîches, ces alcools délayés et les tables sont plus poisseuses que ces trottoirs où sont tombées nos ombres mortes de la veille.Quelquefois, le vent nous entoure de ses grandes mains froides et nous attache aux arbres découpés par le soleil. Tous, nous rions, nous chantons, mais personne ne sent plus son coeur battre. La fièvre nous abandonne. Les gares merveilleuses ne nous abritent plus jamais : les longs couloirs nous effraient. Il faut donc étouffer encore pour vivre ces minutes plates, ces siècles en lambeaux. Nous aimions autrefois les soleils de fin d'année, les plaines étroites où nos regards coulaient comme ces fleuves impétueux de notre enfance. Il n'y a plus que des reflets dans ces bois repeuplés d'animaux absurdes, de plantes connues.
Les villes que nous ne voulons plus aimer sont mortes. Regardez autour de vous : il n'y a plus que le ciel et ces grands terrains vagues que nous finirons bien par détester. Nous touchons du doigt ces étoiles tendres qui peuplaient nos rêves. Là-bas, on nous a dit qu'il y avait des vallées prodigieuses : chevauchées perdues pour toujours dans ce Far West aussi ennuyeux qu'un musée".
Ce passage renferme une série de métaphores illustrant la désillusion qui suivit la grande Guerre ainsi que le sentiment d'absurdité et de désespoir de ceux qui en sont revenus.
Bref, c'est tout sauf un texte qui donne une impression d'être totalement irréfléchi...Je veux dire, si moi je tente l'expérience, ça donne ceci:
"Froid, blizard, automne: la ville est à sac mon coeur résonne je tremble d'émotion mais j'ai faim pourquoi ne va-ton pas à l'opéra, ça te dirait une bonne frite à flagey oh non quelle horreur je dois perdre trois kilos"
Oula, je m'arrête ici, sinon je risque de verser dans les confidences...pas pour rien que cette méthode est souvent utilisée par les psy, pour son aspect de "technique libératoire qui permet de faire émerger rêves, désirs, de l'inconscient". (wikipedia)
Il ne faut pas confondre écriture automatique avec poésie dadaïste je pense. Parce que là effectivement ce sont des mots assemblés au hasard et sans préméditation.
Allez, je vous laisse sur ces conseils de Tristan Tzara pour écrire un beau poème dada:
Prenez un journal.
Prenez des ciseaux.
Choisissez dans ce journal un article ayant la longeur que vous comptez donner à votre poème.
Découpez l’article.
Découpez avec soin chacun des mots qui forment cet article et mettez-les dans un sac.
Agitez doucement.
Sortez ensuite chaque coupure l’une après l’autre.
Copiez conscienseusement dans l’ordre où elles ont quitté le sac.
Le poème vous ressemblera.
Et vous voilà un écrivain infiniment original et d’une sensibilité charmante, encore qu’incomprise du vulgaire.
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01/12/08
Funny games are NOT funny
Sans doute Haneke est-il le seul réalisateur dont le but est de vider la salle. Il le dit lui-même dans l'interview ci-dessous: si vous restez jusqu'au bout, c'est que vous aviez besoin de voir le film. Sinon vous vous levez et vous quittez. Ce qui revient à dire, si vous regardez ce film, vous êtes au mieux un sale voyeur petit-bourgeois, au pire une graine de sadique par procuration. Oui enfin j'exagère: je l'ai regardé jusqu'au bout moi.
Mais ne comptez pas sur un effet de catharsis: ici le désespoir est total et l'anéantissement sans rémission.
Interview de Michael Haneke: PART ONE
PART TWO:
Haneke a réalisé le même film deux fois: la première en allemand en 1997, et la seconde, en version "américaine" dix ans plus tard en 2007. Il s'agit d'une reproduction exacte, séquence pour séquence, presque mot pour mot. J'ai vu la seconde version, mais mon frère prétend que le film en allemand est beaucoup plus efficace en termes d'horreur et de sadisme...enfin c'est sans doute lié à l'idiome, qu'on associe immanquablement au gros soldat Waffen SS pervers sifflant dans sa moustache:"nous afhons les moyens the fous faire parler".
Funny Games US avec Naomi Watts, Tim Roth, Michael Pitt et Brady Corbet (2007)
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