29/12/08

Deux critiques ronchons

Fabrice Luchini et le théâtre


A lire dans le Monde, l'interview de Fabrice Luchini, dont je recopie ci-dessous les passages qui m'ont le plus marquée. (Luchini, on aime ou on n'aime pas, moi il me fait hurler de rire)

Vous dites que c'est pour résister au complot de la bêtise et de la médiocrité que vous avez conçu votre spectacle, "Le Point sur Robert" (...)

Pour résister, oui, à la haine de l'intelligence, partagée par la gauche et la droite. La gauche parce qu'elle refuse l'excellence au nom de l'égalité, la droite parce qu'elle est obsédée par les contingences matérielles, la gestion, le rendement, et qu'elle ne voit l'art que comme un objet de consommation. Je voulais faire un spectacle agressif contre l'époque, cette époque que je déteste, que je trouve démagogique : à gauche, le nivellement par le nombre, à droite - cette droite actuelle, affairiste et vulgaire -, l'exploitation par l'abrutissement.

Vous renvoyez la droite et la gauche dos à dos ?

Je crois qu'en fait je suis profondément un homme de gauche qui, par passion de la pureté, n'accepte pas le cabotinage, le pathos ni les compromissions des hommes de gauche, et qui du coup s'est transformé en réactionnaire - pas politiquement : je ne vote pas. Je me méfie comme la peste des déclarations généreuses, des grandes leçons. Le philosophe Gilles Deleuze a dit une chose qui me trouble beaucoup : "Un homme de droite pense que la vie s'arrête sur son palier. Un homme de gauche pense que l'Afrique existe." En ce sens, je suis très homme de droite. J'ai un côté célinien : rien de ce qui est sordide dans l'humain ne m'est étranger. J'ai une idée assez médiocre de moi-même, et je me dis que j'ai déjà du mal à gérer ce qui se passe sur mon palier...

Vous avez l'impression d'être dans une position rare aujourd'hui ?

Oui, parce qu'il y a soit le théâtre subventionné, où l'on est entre soi, soit le théâtre privé, qui est à l'agonie, et surexploite une convention morte : il faut que ça rapporte, alors ils ressassent les mêmes recettes, les mêmes vedettes, et sont incapables d'innover, de perturber, de troubler. Moi j'aime être élevé par des génies, mais aussi rire, rire, rire, et ne pas m'ennuyer. Rire avec Nietszche, quand il dit : "On ne tue pas par la colère, mais on peut tuer par le rire. Alors, tuons l'esprit de pesanteur."



24/12/08

Echoes in Space


Miam...Pink Floyd + Stanley Kubrick ! Une de ces perles qu'on peut trouver sur Youtube...

Joyeux Noël à tous!


23/12/08

Lola Montès au Flagey

La sulfureuse Lola est de retour, après 60 ans de malheurs, restaurée, reliftée, botoxée, et plus belle qu'au première jour.




L'histoire de ce film est assez amusante, comme vous pouvez lire ici. C'est en tout cas une oeuvre complexe, et finalement pas si jo-jo: Lola Montes est une courtisane sur le retour, qui après avoir été la maîtresse d'hommes riches et puissants, est obligée de travailler dans un cirque pour subsister.
La dernière scène est particulièrement réussie et sinistre: Lola, montrée telle une bête de foire littéralement dans une cage: pour un dollar seulement, les hommes du public peuvent lui embrasser la main à travers les barreaux. Faut être givré pour inventer un tel scénario. En tout cas impensable de nos jours, sinon pour se rattraper la ligue des féministes sur le dos aussi sec.





Mais bon, das Leben geht weiter, comme dirait Lola Montès.

Martin Margiela: Fashion meets art

Bruxelloise d'origine et de conviction (on ne naît pas seulement Bruxellois, on le devient, pour paraphraser l'autre), j'avoue, je regarde avec beaucoup de dédain ce qui se passe en dehors de la capitale... Non, pire, je ne regarde même pas! Car le Bruxellois doc est assez snob, et considère, ô horreur, qu'au-delà de 1000-1050 Bxl, c'est la zone!

Quelle petitesse, étroitesse, ridiculness de l'esprit... (j'espère en m'autoflagellant récupérer les trois lecteurs liégeois que je suis en train de vexer mortellement, mais ça craint)


Je m'en suis rendue compte ce we, hors de Bruxelles, il y a ... Anvers! Et Anvers, c'est presque mieux que Bruxelles: il y pleut davantage, les wafels y sont plus moelleuses, mais surtout, à Anvers ils ont la MODE! Fashion, mes amis, c'est ça Anvers: arty, swingy, cool et dans le vent.

Mais ça n'a pas toujours été le cas: avant on devait se contenter de Rubens et des diamants. C'est au début des années 80 que tout a changé, lorsque Bikkembergs, Ann Demeulemeester, Dries van Noten, Dirk van Saene, Walter van Beirendonck et Marina Yee obtiennent leur diplôme de stylisme à l’Académie Royale des Beaux Arts (heu pardon: Koninklijke Academie der Schoone Kunsten van Antwerpen). Ensemble ils se font connaître sous le nom des “Six d’Anvers” en devenant les enfants terribles de la mode, avant-gardistes et insolents, bouleversant les codes établis, pour la plus grande joie de tous.

Beaucoup le considèrent comme le "septième" d'Anvers, car il y a aussi étudié, et au même moment que les six autres (c'est marrant, on a l'impression qu'il ne manque que Blanche-Neige): j'ai nommé Martin Margiela. Martin Margiela est sans doute le plus "iconoclaste" des sept, et son approche a le même impact que celui de Duchamp en art, j'ose le dire. D'ailleurs on a qualifié celle-ci de "méta-mode": c'est-à-dire que c'est de la mode qui parle de la mode.

Comme il joue sans cesse avec les règles implicites du genre, n'hésitant pas à montrer les coutures, dénouer pour renouer les fils et ficelles de ses créations, on a qualifié ce style ultra nouveau de "déconstruction". La déconstruction, c'est quand on montre les "échafaudages" derrière l'oeuvre, quand on "démonte" un genre pour en montrer ce qui semblait évident mais qui n'est en réalité que le résultat de "constructions" sociales, morales, esthétiques etc...

Déconstructioniste, Margiela l'est aussi dans son attitude envers les medias: évitant le culte de la personnalité propre au star system du monde de la mode, Martin Margiela cherche au contraire à développer un culte de l’impersonnalité en s’affranchissant des conventions de l’industrie de la mode (source ici). Ni photo ni interview directe, il s'efforce de rester caché pour "laisser parler le vêtement" seul, comme on le voit dans ce petit film (malgré la voix crispante de la journaliste)


L'exposition est très réussie et met bien en évidence les différentes composantes de l'art de Margiela. A aller voir, c'est clair (et allez, les Bruxellois: Anvers n'est qu'a 30 minutes de la capitale!)

Ill: Doll's collection: vêtements de barbie agrandis à taille humaine, en gardant les disproportions originales propres aux vêtements de poupées.


Ill: "Silhouettes": sur un mur blanc, des mannequins vêus de noir se profilent avec netteté, et donnent un caractère suréaliste aux vêtements. Est-ce encore de la mode?

A lire: cet excellent compte-rendu de l'exposition sur le site Fashion Projects.

Trou Noir

22/12/08

Merry Christmas from the Sixties

44 Noëls se sont succédé depuis que Simon & Garfunkel ont écrit cette chanson et pourtant, elle n'a pas pris une ride, et émeut toujours autant nos coeurs ramollis par l'atmosphère kitschissime de cette époque de l'année.

Le contraste entre les douces voix des deux chanteurs peace and love et le contenu des news qui défilent dans le background sonore est assez saisissant: overdose, débats, manifs, meurtre, justice et injustice, Douce nuit, Sainte Nuit...
Au risque de passer pour une dépressive maniaco-suicidaire en phase ultime, je copy paste le lien pour vous ci-dessous:


Grâce aux nouvelles qu'on entend dans le fond, l'enregistrement de cette chanson a pu être daté au 3 août 1966 exactement. C'est d'ailleurs un jeu assez amusant: retrouver les tenants et aboutissants de ce qui constituait l'actualité brûlante de l'époque aux Etats-Unis.

...ça vous intéresse? hops:

"This is the early evening edition of the news.

The recent fight in the House of Representatives was over the open housing section of the Civil Rights Bill. Brought traditional enemies together but left the defenders of the measure without the votes of their strongest supporters. President Johnson originally proposed an outright ban covering discrimination by everyone for every type of housing but it had no chance from the start and everyone in Congress knew it. A compromise was painfully worked out in the House Judiciary Committee.

La controverse dont il est question ici, est celle du"open housing" ou "Fair housing", et concerne l'interdiction de discrimination (principalement raciale) dans les questions de logements. La loi passa finalement en avril 1968, une semaine après l'assassinat de Luther King.

In Los Angeles today comedian Lenny Bruce died of what was believed to be an overdose of narcotics. Bruce was 42 years old.
Comédien satiriste d'origine juive, personnage haut en couleur, Lenny Bruce devint dans les années 60 le comique le plus célèbre et le plus controversé des Etants-Unis. Parce qu'il prenait un malin plaisir à faire des blagues de cul (à l'époque sévèrement sanctionnées), il fut arrêté pour obscénité à de multiples reprises et placé sous la plus étroite surveillance du FBI.

Un de ses jeux de mots shocking aux oreilles du FBI fut celui sur le verbe "to come":
"'to' is a preposition, 'come' is a verb" and the sexual context of "come" is so common that it bears no weight, and if someone hearing it becomes upset, he "probably can't come."

Mais en fait d'obscénité, on se souviendra surtout de la dernière photo que l'on a gardée de lui: celle prise par les paparazzi sur la scène de son overdose, où l'on peut encore voir la seringue piquée dans le bras. Il semble qu'ils aient été jusqu'à la replanter parce qu'entre-temps elle était tombée. (ill: source ici)

Au fond Lenny Bruce est un symbole: il incarne l'esprit contestataire de cette décennie, en pleine ébullition à la veille de mai 68. Il fut d'ailleurs réhabilité en 2003, trente-sept ans après sa mort, par le gouverneur de New York George Pataki; ce fut le premier geste dans ce genre de l'histoire de cet Etat. Pataki déclara que son acte était "a declaration of New York's commitment to upholding the First Amendment." Le first amendment pour ceux qui ne le savent pas, établit la fameuse liberté d'expression, liberté de la presse, liberté de culte, droit de pétition, droit de manifester et interdit expressément de formuler des lois au respect d'une religion établie.

Dr. Martin Luther King says he does not intend to cancel plans for an open housing march Sunday in the Chicago suburb of Cicero. Cook County Sheriff Richard Ogleby asked King to call off the march and the police in Cicero said they would ask the National Guard to be called out if it is held. King, now in Atlanta, Georgia, plans to return to Chicago Tuesday.

Luther King organisait et conduisait des marches de protestation, et c'est de ça qu'il s'agit ici: une marche en faveur du Fair housing dont on parlait plus tôt. A Chicago le climat était particulièrement hostile à King et ses partisans: les manifestants étaient hués, on leur jetait des bouteilles à la figure, et King recevait des menaces de mort assez régulièrement. Il fut assassiné deux ans plus tard, comme on le sait, le 4avril 1968 à Memphis. Les raisons et véritables acteurs de ce meurtre sont encore mal connus à ce jour.

In Chicago, Richard Speck, accused murderer of nine student nurses, was brought before a grand jury today for indictment.
Speck est un serial killer resté tristement célèbre dans l'histoire des Etats-Unis parce qu'il souffrait de ce que je nommerais le "fantasme de l'infirmière" poussé à l'extrême. Les faits ont eu lieu le 13 juillet précédent: armé d'un couteau, Richard Speck s'est introduit dans une résidence d'étudiantes et a méthodiquement torturé, violé, puis tué une à une neuf apprenties infirmières. De quoi dégoûter du métier! Ceci explique peut-être cela: Speck en allemand signifie: lard. Mouais, en voilà de l'humour douteux, soph.

In Washington the atmosphere was tense today as a special subcommittee of the House Committee on Un-American Activities continued its probe into anti-Viet Nam war protests. Demonstrators were forcibly evicted from the hearings when they began chanting anti-war slogans. Former Vice-President Richard Nixon says that unless there is a substantial increase in the present war effort in Viet Nam, the U.S. should look forward to five more years of war. In a speech before the Convention of the Veterans of Foreign Wars in New York, Nixon also said opposition to the war in this country is the greatest single weapon working against the U.S.
La House Committee on Un-American Activities (HUAC) était l'organe de chasse aux sorcières communistes aux Etats-Unis pendant et après la seconde guerre mondiale. Dans les années soixante cependant elle dut affronter les moqueries et actions de contestation des Yippies, dont Jerry Rubin and Abbie Hoffman, en 1967. A la différence des précédentes personnes interrogées par la commission, les Yippies ne craignaient absolument pas les membres du HUAC, et ils utilisaient alors l'attention médiatique pour se moquer de la commission.
Et à partir de là ça devient carnaval, comme le raconte wikipedia:

Rubin se rend à l'une des sessions habillé en soldat de la guerre d'indépendance, et distribue aux personnes présentes des copies de la Déclaration d'indépendance. Puis il "fait d'immenses bulles de chewing-gum pendant que ses témoins raillent la commission en faisant à ses membres des saluts nazis.
Hoffman se présente quant à lui à une session déguisé en Père Noël. A une autre occasion, la police arrête Hoffman à l'entrée du bâtiment parce qu'il est revêtu uniquement du drapeau américain. Et Rubin, qui s'est emmailloté quant à lui du drapeau Vietcong, proteste et s'écrie que les forces de police sont communistes pour ne pas l'arrêter également.
...........................................
Voilà en gros pour l'histoire de cette chanson... Et moi je pense au possible remix belge en 2008: Faillites, crise, chute du gouvernement, douce nuite, sainte nuit...Ha ha, même le Père Noël se ressert un whisky!

16/12/08

Gelido in ogni vena

C'est l'hiver, et parce qu'il fait froid je repense à cet air de Vivaldi, extrait de l'opéra "Il Farnace". D'ailleurs je n'arrête pas de le chantonner au bureau, c'est très gênant.
C'est pourquoi j'ai décidé d'y consacrer un post, avec l'espoir de conjurer cet "Ohrwurm" irritant.
Gelido in ogni vena
scorrer mi sento il sangue,
l'ombra del figlio esangue
m'ingombra di terror.
E per maggior pia pena,
credo che fui crudele
a un'anima innocente,
al core del mio cor
Voici ce qu'en dit le site de musique http://humeurs.calende.org/:
"Impossible de ne pas ressentir un frisson à l'écoute de ce passage. L'introduction rappelle assez fortement le premier mouvement du concerto pour violon "L'hiver" (des quatre saisons), et évoque donc cette saison. Le chanteur apparaît ensuite ; chaque incursion vers la note aiguë, à la limite du cri, est suivie d'une lente descente, évoquant admirablement la douleur. Suit une longue marche harmonique descendante, chantée de façon hallucinante par un homme que l'on croit réellement entendre pleurer. Le second thème, au centre, marque une légère pause dans cette longue descente (aux enfers ?), mais ne dure pas et cède vite la place au premier. Avec une sobriété exemplaire [est rendu] le désespoir d'un homme sur le point de se donner la mort (puisque c'est l'histoire de Farnace, qui, s'étant fait déposséder de son royaume et ayant demandé à sa femme de se tuer, elle ainsi que son fils, ne voit plus que cette issue pour lui-même !)".
En voici la traduction:
Je sens couler dans mes veines
un sang gelé,
l'ombre d'un fils exsangue
me remplit de terreur.
Et pour ma plus grande peine,
je crois avoir été cruel
avec une âme innocente,
le cœur de mon cœur.
Allez zou! Je vous laisse en compagnie de Cecilia Bartoli dans le rôle du Farnace...et vous conseille de l'écouter attentivement mais de ne pas la regarder, car ses grimaces font peur!


Vous voyez? Maintenant c'est vous qui l'avez attrapé cet Ohrwurm!

15/12/08

100 pour cent

Et nous voilà déjà au centième post...quelle émotion!

A l'occasion de ce centenaire bien particulier, je propose de divaguer un peu sur le chiffre 100... Et hops, réflexe atavique de l'ère 2.0: on google le terme: "cent, 100". Les résultats dépassent mes espérances, je l'avoue!
Jugez plutôt...

Cent est :
  1. Dérivé du latin centum (sens identique), issu de l’indoeuropéen *(d)km̥tó-m. (l'astérisque c'est pour montrer qu'il s'agit d'une reconstitution linguistique, car il n'existe pas de traces écrites de cet idiome "originel")
  2. La somme des neuf premiers nombres premiers : 2 + 3 + 5 + 7+ 11 + 13 + 17 + 19 + 23 = 100. WAW-c'est presque mystique non ?
  3. La somme des cubes des quatre premiers entiers naturels : 1³ + 2³ + 3³ + 4³ = 100. Dieu existe!
  4. Un nombre 18-gonal ou octakaidecagonal (impossible à prononcer ce truc). En gros, cela veut dire que c'est un nombre représentable par un polygone régulier, de 18 côtés.
  5. Un nombre Harshad : il est divisible par la somme de ses chiffres, 1 + 0 + 0 = 1. (Je vous renvoie à l'article de wiki sur les nombres Harshad, je n'y ai rien compris)
  6. Un nombre anti-co-indicateur : il ne peut pas être exprimé comme la différence entre un entier positif et le nombre d'entiers premiers avec lui qui lui sont inférieurs. Yallah
  7. Divisible par le nombre de nombres premiers qui lui sont inférieurs (25).
  8. Le 50ème nombre pair
  9. Les 854ème-856ème digit du nombre pi (il faudrait vérifier...mais vous vous souvenez du nombre pi? le rapport constant entre la circonférence d'un cercle et son diamètre?) (par conséquent aussi le rapport constant entre l'aire d'un disque et le carré de son rayon). (quel poète cet Archimède!)
  10. Un chiffre sacré pour les pythagoriciens, car c'est le carré de dix (10=décade divine)
  11. La température d'ébullition de l'eau.
  12. Le numéro d'appel d'urgence en Belgique.
  13. Cent zéros après le chiffre 1 (donc 10 exposant cent) (donc: 10 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000) forment le chiffre dit Googol (en français: Gogol) (et oui). Le terme fut inventé par un certain Milton Sirotta (neveu du mathématicien Edward Kasner) quand il avait neuf ans, à la demande de son oncle. Accessoirement c'est d'ailleurs l'origine du nom Google, comme expliqué sur le site du fameux moteur de recherches. Je vous conseille de lire l'article de wikipedia c'est troublant.

Et pour le fun:

  1. La guerre de cent ans entre la France et l'Angleterre dura en réalité 116 ans (1337-1453) .
  2. Les Cent-Jours désigne la période comprise entre le 1er mars (retour en France de l'empereur Napoléon Ier) et le 18 juin 1815 (défaite de Waterloo).
  3. "Les 100 vues du Fuji" d'Hokusai (1760 -1849) est un livre contenant cent dessins en noir et blanc représentant le mont Fuji, réalisés par l'artiste japonais Hokusai dont on peut dire en bruxellois qu'il avait un fameux zin à propos de cette montagne (c'est-à-dire une obsession). Il l'a peinte sous tous les angles et par tous les temps. Pour la petite histoire, son art exerça une influence décisive sur la peinture des impressionnistes français du 19e siècle (cfr: le courant du japonisme), et ce n'est pas rien.
  4. La fameuse (et controversée) Leni Riefenstahl, photographe et réalisatrice allemande, est morte centenaire.
  5. Le 100 mètres est une discipline d'athlétisme consistant à courir sur cette distance le plus vite possible (record du monde masculin: 9sec69'') (quand je pense que mon record est de 19 secondes...hum je suis une intellectuelle moi)
  6. Le centième jour de l'année (non bissextile) tombe le dix avril.
  7. Les Hecatonchires dans la mythologie grecque étaient comme leur nom l'indique (hu hu hu) des géants à cent mains. En plus de ça, ils étaient dotés de 50 têtes crachant du feu. Ce sont les trois fils d'Ouranos et Gaïa (le Ciel et la Terre). Hum. Le Ciel et la Terre feraient mieux d'arrêter de coucher ensemble.
  8. Une hécatombe désignait chez les même Grecs le sacrifice rituel de cent boeufs (c'est énorme, cent beufs!)
  9. Dans l'Ancien testament, Sem (fils de Noé) et Abraham (descendant de Sem) avaient tous les deux 100 ans lorsqu'ils devinrent pères. Abraham est un être étonnant: circoncis à 99 ans il est mort à 175 ans.
  10. Le roman Cent ans de solitude fut écrit par Gabriel García Márquez en 18 mois. C'est pas mal comme performance, mais c'est nioniotte à côté de Stendhal, qui aurait écrit “La Chartreuse de Parme” en 52 jours.

Allez j'arrête ici...on se retrouve pour le 1000ème poste?

Inch'Allah comme disent les descendants par la main gauche du vieil Abraham sus-mentionné!

...

Vous pouvez admirer les vues du Mont Fuji sur ce site.

(Source également: http://www.wisdomportal.com/Numbers/100.html)

11/12/08

Niele Toroni raconte...

Vous en pensez quoi?

En tout cas, moi je n'aimerais pas être l'assistant...

Le questionnaire de Proust

Aujourd'hui je me prends pour une jeune fille en fleur, et le nez en l'air au lieu de travailler, je musarde sur le web, et voilà qu'au hasard des détours du net je me plais à remplir le célèbre Questionnaire de Proust, qui n'a pas été formulé par l'écrivain, mais qu'il a contribué à rendre célèbre en y répondant souventes fois, se distinguant pour son esprit et sa verve; car c'était une mode importée d'Angleterre en ce temps-là que de s'échanger des albums pour y dévoiler ses pensées, goûts et aspirations les plus intimes et je vais arrêter ma phrase ici parce que ça devient vraiment trop proustien (et donc illisible).
Le test original tel que rempli par Proust (dans les années '90 du 19e siècle) a été vendu aux enchères en 2003 pour la modique somme de 102 000 euros (source: wikipedia). Qui sait combien le mien vaudra d'ici 200 ans (warfwarf warf).

Allez, en attendant que les enchères montent, profitez-en pour le moment c'est gratuit:
  1. Le principal trait de mon caractère: le besoin d'apprendre
  2. La qualité que je préfère chez un homme: l'intelligence
  3. La qualité que je préfère chez une femme: idem
  4. Ce que j'apprécie le plus chez mes amis: leurs ragots, leurs excès, leurs coups de gueule, leurs cuites, leurs aventures
  5. Mon principal défaut: dilettantisme
  6. Mon occupation préférée: nager sous l'eau
  7. Mon rêve de bonheur: être écrivain
  8. Quel serait mon plus grand malheur ? Mourir idiote
  9. Ce que je voudrais être: immortelle
  10. Le pays où je désirerais vivre: de Cocagne
  11. La couleur que je préfère: le rouge dans toutes ses nuances
  12. La fleur que j'aime: lilas
  13. L'oiseau que je préfère: perruche
  14. Mes auteurs favoris en prose: (en ce moment) Paul Auster, Arnaldur Indridason
  15. Mes poètes préférés: Rimbaud et Baudelaire, celui du Cantique des cantiques
  16. Mes héros dans la fiction: Peter Pan
  17. Mes héroïnes favorites dans la fiction: Miss Marple
  18. Mes compositeurs préférés: Bach, Machaud, Pink Floyd
  19. Mes peintres favoris: Van Eyck, Memling, Dürer, Turner, Obey
  20. Mes héros dans la vie réelle: Steve Jobs, Coppola, Banksy, Tom Stoppard
  21. Mes héroïnes dans l'histoire: Aliénor d'Aquitaine, Elizabeth I
  22. Mes noms favoris: Igor, Helga, Theodora
  23. Ce que je déteste par-dessus tout: attendre
  24. Personnages historiques que je méprise le plus: ceux qui ont fait tomber des empires: Cléopâtre par exemple
  25. Le fait militaire que j'admire le plus: La traversée des Alpes d'Hannibal
  26. La réforme que j'estime le plus: comme Proust: sans opinion
  27. Le don de la nature que je voudrais avoir: avoir besoin de très peu de sommeil
  28. Comment j'aimerais mourir: en sauvant quelqu'un
  29. État présent de mon esprit: survolté, en attente, inquiet, heureux, insatisfait
  30. Fautes qui m'inspirent le plus d'indulgence: les péchés de gourmandise
  31. Ma devise: L'avantage d'être intelligent c'est qu'on peut toujours faire l'imbécile, alors que l'inverse est totalement impossible (c'est pas moi, c'est Woody Allen)

10/12/08

L'institutionalisation du Street Art

On peut le déplorer, on peut se réjouir: le street art a été l'objet du premier "Award" le 4 décembre passé à Londres (la même semaine que le Turner Prize, le prix artistique number one en GB, plus officiel que ça tu meurs)

Et voilà...le street art aussi s'officialise...Avant on allait bomber les murs en tremblant, maintenant on peut même gagner une médaille en le faisant! Moi qui rêvais d'un art affranchi de toute récupération capitaliste, d'un véritable courant de contre-culture, je me demande si je ne dois pas ravaler ces belles pensées utopiques. Enfin, n'exagérons rien, ce n'est pas une vente aux enchères (comme celle dont je parlais ici), juste une célébration et une consécration de ce qui a été reconnu comme une forme d'expresion artistique à part entière par les organisateurs de la soirée. Une soirée mise également sous le signe de la charité puisque les artistes ont aussi réalisé des pièces à vendre, au profit d'une association s'occupant des sdf. Comme ça ceux qui taggent les rues viennent en aide à ceux qui les habitent. On en pleure d'émotion.

Deux catégories ont été créées: le street art et le urban art (le street art c'est pour la rue, et le urban art c'est pour l'intérieur), chacune contenant un ensemble d'oeuvres que le public pouvait plébisciter sur le site streetartawards.com, tandis que le vote final a été réalisé par le jury de la soirée.

Ont été récompensés: Matt Small et le français JR. Le premier pour ses portraits faits à partir de crap urbain. Quant à JR, "il a 25 ans et possède la plus grande galerie d'art au monde. Il expose librement dans les rues, attirant l'attention de gens qui ne sont pas les visiteurs habituels des musées. Son travail mélange l'art et l'action, parle d'engagement, de liberté, d'identité et de limite. Il se qualifie d'artiviste, concentré d'artiste et d'activiste" (source: http://www.jr-art.net/)

Quelques projets en vrac:
JR:


Herakut (duo allemand):

Et je laisse à Bracegirdle (organisateur du Street Art Award) le mot de la fin:
"Anyone can be a street artist, anyone can be the audience and anyone can be the critic, from a taxi driver to a schoolboy, everyone has an opinion on what they think is good and that's a relatively new thing".


08/12/08

Eblouissante Rusalka à la Monnaie

Plus connu pour ses symphonies que pour ses compositions de chant lyrique, Dvorak a néanmoins pondu un opéra dans sa vie, et ce fut la Rusalka.
Inspirée (entre autres) de la Petite Sirène d'Andersen, l'histoire de la nymphe Rusalka qui tombe amoureuse d'un humain est ici audacieusement mise au goût du jour. De nymphe elle est devenue putte nymphette, dans le bordel du Roi des Eaux, un peu maquereau à ses heures c'est évident. Mais cette vie de poupées gonflables et paillettes sur hauts talons la fatiguent; elle rêve du véritable amour avec un homme véritable, et demande pour cela à la sorcière (ici, la sdf à la sortie du métro) de la changer en femme. "Malheur, malheur" tonne le mac' popopopom popopom, lui répondent les cuivres, gligliglignnnnglignn glisse la harpe : les antennes paraboliques du décor se transforment en faces de lunes, Rusalka est élevée sur un podium étrange (une colonne Morris), et c'est suspendue à moitié dans le vide qu'elle entonne le célèbre « air de la Lune »
Petite lune si haute dans le ciel,
Ta lumière transperce le lointain,
Tu vas de par le vaste monde,
Tu vas jusque chez les humains.
Arrête-toi un instant,
Dis-moi, où est mon amour ?
Dis-lui, lune argentée,
Que pour moi tu l'entoures de tes bras,
Tu lui pour qu'au moins un instant,
Il se souvienne de moi en songe.
Et dis-lui que je l'attends,
Éclaire- le là-bas, très loin,
Et si j'apparais en songe à cette âme humaine,
Fasse qu'elle s'éveille avec ce souvenir,
Lune, ne te cache pas, ne te cache pas, Lune, ne te cache pas !

Impossible de rendre en mots l'incohérente mise en scène qui vacille du kitsch à l'émouvant, sortie de l'imagination fertile du jeune, surprenant, audacieux et beau metteur en scène Stefan Herheim. A part quelques détails anti-religieux d’une banalité un peu convenue, comme ces nonettes en fouffe aux dessous dévoilés, le spectacle est grandiose et la magie bien présente.

La spécialité de Herheim est de faire correspondre étroitement l'action on stage avec la musique de l'orchestre. Dès le début et tout au long de l'histoire, les tonalités de la partition, ses rebondissements, ses coups de théâtre, ses popopopom ses glinglinglinglgin et TATATAM sont illustrés et rendus fidèlement par la mise en scène, parfois privée de chant pendant de longues minutes.

D’ailleurs, on peut reprocher à une mise en scène aussi envahissante de causer du tort au chant, en l’occultant un peu, mais vu que c’est Dvorak, personne ne s’en plaindra.

Un beau spectacle à aller voir, en mettant de côté ses attentes d’une narration logique et linéaire car Herheim n’hésite pas à brouiller les cartes… Les personnages sont multipliés , dédoublés, transformés, c’est le flou total. Un conseil : lisez le résumé avant de sortir, et puis oubliez-le aussi sec pour vous laisser envoûter par le monde aquatique de la pauvre nymphe tchèque.
ici: la Nebtrenko dans l'air de la Lune

04/12/08

Prix du livre européen


Puisque je parlais déjà litérature dans mon post précédent, pourquoi ne pas remettre le couvert une nouvelle fois aujourd'hui, en signalant à l'aimable lectorat la remise du Prix du Livre Européen, à Bruxelles le 10 décembre prochain.

D'une valeur de 20.000 euros, ce prix récompensera le livre (roman ou essai) qui donne le plus "envie d'Europe" dixit Jacques Delors, parrain de cette action.

Un Jacques Delors qui ne manque d'ailleurs pas de s'auto-citer lorsqu'il est interrogé au sujet des motifs de son parrainage:

"La dimension culturelle est omniprésente dans l'histoire de la construction européenne. (Ah bon?) J'avais moi-même proposé de donner une âme à l'Europe, parce que l'Homme ne vit pas seulement de l'économie, d'un grand marché et d'une monnaie commune ("...mais aussi de la parole de Dieu", aurait ajouté l'autre). Le livre est un vecteur essentiel de la culture, de la mémoire et de l'échange sur les valeurs qui nous font vivre".

Mais en fait pourquoi je vous parlais de ça...C'est d'un ennui mortel, non?

Ah oui, je m'en souviens! En réalité, je vous avoue: l'unique raison de ce post, la seule et stupide cause pour laquelle je me donne tant de mal réside dans le titre de l'essai d'Habermas (nominé), c'est-à-dire, rrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrroulement de tambours:

Ach, Europa

Et oui: Ach Europa, voilà le titre que soupire le philosophe allemand.
Pas très encourageant tout ça!
Ach Europa... moi ça me donne envie d'Europe, accompagnée d'une bonne rasade de whisky, tiens mets-en moi une double d'ailleurs.

Ceci dit, au vu du reste de la liste de lecture, je n'aimerais pas faire partie du comité de sélection:

Un essai sur l'euro en allemand, un recueil de poésies grecques Aubes et âmes pour l'Europe (waw), un essai hongrois intitulé pompeusement Dosztojevszkij Szibériában Hegelt Olvassa, és sírva fakad, ce qui veut tout aussi pompeusement dire Dostoïevski lit Hegel en Sibérie et éclate en sanglots, un autre livre sur l'identité de l'Europe (pas très original comme sujet mais bon), un essai sur la Luxemburgische avant-garde (quel surprenant oxymoron), puis, l'Europe de A à Z (pas mal pour se préparer aux concours EPSO peut-être), l'Europe en profondeur... etceteri etcetera.... mais le pompon est re- rrrrrrrrrrrrrrrrroulement de tambours: l'Europe racontée en famille, des auteurs bien muche-muches Muriel and Yann de l’Ecotais. Pff, pourquoi pas l'Europe de la Mère l'Oye tant qu'on y est.


Bon cette critique ne se base que sur les titres, donc surtout ne pensez pas que je sois en train de juger le contenu de ces ouvrages doctes.


Enfin, espérons que les braves citoyens de l'Union pour lesquels (en fin de compte) cette initiative culturelle a été mise sur pied ne soupirent pas d'ennui "ach Europa..."


Non, moi pour une somme pareille, l'année prochaine je tente le coup, il y a en tout cas plus de probabilités de gagner qu'au loto. J'hésite encore pour le titre, mais je pensais: "Delors, mon héros".


C'est pas très subtil, mais peut-être que j'ai une chance?

02/12/08

Ecriture automatique

Quel écrivain n'a pas un jour rêvé de prendre son stylo (ouvrir son pc) et se mettre à écrire dans un état de transe pythique, la main déconnectée du cerveau, des mots qui viendraient sans réfléchir et s'enchaîneraient avec beauté?

C'est au terme d'une quête sur la nature de l'inspiration poétique qu'André Breton le fameux (et machiste) auteur de "Nadja", imagina cette technique consistant à écrire le plus rapidement possible, sans contrôle de la raison, sans préoccupations esthétique ou morale, voire sans aucun souci de cohérence grammaticale ou de respect du vocabulaire. L'état nécessaire à la bonne réalisation est un état de lâcher-prise, entre le sommeil et le réveil (proche d'un état hypnotique). (source: Wikipedia)

Le concept d'écriture automatique suggère que l'écrivain n'est en réalité qu'un entité négligeable dans le processus de création. Il n'est qu'un instrument au service d'un souffle d'inspiration si pas divine, du moins métaphysique et qui le dépasse complètement.

Cela peut sembler surréaliste, et en effet, l'écriture automatique est comme je l'ai dit plus haut, un concept qui a été lancé par le chef de file de ce mouvement en France, André Breton. Cependant, l'idée est beaucoup plus ancienne, et ce n'est pas pour rien que la figure de poète chez les Grecs était associé à celle des devins: tous les deux servent de médiateurs à la parole divine, ce sont eux qui permettent à l'homme d'entrer en contact avec l'invisible.

Ceci dit, je soupçonne Breton de tricherie, car en faisant mes recherches je suis tombée sur l'extrait suivant, un prétendu exemple d'écriture automatique. Jugez-en vous-même: Moi je dis chapeau, si ce texte est entièrement spontané, mais j'en doute fortement.

Texte extrait de "La glace sans tain", Les Champs magnétiques, André Breton et Philippe Soupault:

"Prisonniers des gouttes d'eau, nous ne sommes que des animaux perpétuels. Nous courons dans les villes sans bruits et les affiches enchantées ne nous touchent plus. À quoi bon ces grands enthousiasmes fragiles, ces sauts de joie desséchés ? Nous ne savons plus rien que les astres morts ; nous regardons les visages ; et nous soupirons de plaisirs. Notre bouche est plus sèche que les pages perdues ; nos yeux tournent sans but, sans espoir. Il n'y a plus que ces cafés où nous nous réunissons pour boire ces boissons fraîches, ces alcools délayés et les tables sont plus poisseuses que ces trottoirs où sont tombées nos ombres mortes de la veille.Quelquefois, le vent nous entoure de ses grandes mains froides et nous attache aux arbres découpés par le soleil. Tous, nous rions, nous chantons, mais personne ne sent plus son coeur battre. La fièvre nous abandonne. Les gares merveilleuses ne nous abritent plus jamais : les longs couloirs nous effraient. Il faut donc étouffer encore pour vivre ces minutes plates, ces siècles en lambeaux. Nous aimions autrefois les soleils de fin d'année, les plaines étroites où nos regards coulaient comme ces fleuves impétueux de notre enfance. Il n'y a plus que des reflets dans ces bois repeuplés d'animaux absurdes, de plantes connues.
Les villes que nous ne voulons plus aimer sont mortes. Regardez autour de vous : il n'y a plus que le ciel et ces grands terrains vagues que nous finirons bien par détester. Nous touchons du doigt ces étoiles tendres qui peuplaient nos rêves. Là-bas, on nous a dit qu'il y avait des vallées prodigieuses : chevauchées perdues pour toujours dans ce Far West aussi ennuyeux qu'un musée".

Ce passage renferme une série de métaphores illustrant la désillusion qui suivit la grande Guerre ainsi que le sentiment d'absurdité et de désespoir de ceux qui en sont revenus.

Bref, c'est tout sauf un texte qui donne une impression d'être totalement irréfléchi...Je veux dire, si moi je tente l'expérience, ça donne ceci:

"Froid, blizard, automne: la ville est à sac mon coeur résonne je tremble d'émotion mais j'ai faim pourquoi ne va-ton pas à l'opéra, ça te dirait une bonne frite à flagey oh non quelle horreur je dois perdre trois kilos"

Oula, je m'arrête ici, sinon je risque de verser dans les confidences...pas pour rien que cette méthode est souvent utilisée par les psy, pour son aspect de "technique libératoire qui permet de faire émerger rêves, désirs, de l'inconscient". (wikipedia)

Il ne faut pas confondre écriture automatique avec poésie dadaïste je pense. Parce que là effectivement ce sont des mots assemblés au hasard et sans préméditation.

Allez, je vous laisse sur ces conseils de Tristan Tzara pour écrire un beau poème dada:

Prenez un journal.
Prenez des ciseaux.
Choisissez dans ce journal un article ayant la longeur que vous comptez donner à votre poème.
Découpez l’article.
Découpez avec soin chacun des mots qui forment cet article et mettez-les dans un sac.
Agitez doucement.
Sortez ensuite chaque coupure l’une après l’autre.
Copiez conscienseusement dans l’ordre où elles ont quitté le sac.
Le poème vous ressemblera.
Et vous voilà un écrivain infiniment original et d’une sensibilité charmante, encore qu’incomprise du vulgaire.

01/12/08

Funny games are NOT funny

Hier soir, histoire de bien dormir, je me suis loué le dvd "Funny Games US" de Michael Haneke, version 2007. Autant vous dire tout de suite, j'ai rarement vu quelque chose d'aussi violent. Pourtant les scènes de meurtre se passent toujours hors du champ de la caméra. Il n'empêche, ce film est un cauchemar. C'est d'ailleurs aussi l'avis de Wim Wenders (cet autre réalisateur fabuleux), qui a même quitté la salle lors de la projection du film à Cannes:
"Ce film fonctionne comme un cauchemar dont on ne peut pas s'échapper. Quand j'ai un cauchemar, je me lève parce que je sais que si je me rendors tout de suite, je vais retomber dans le cauchemar. Funny Games, c'est exactement ça. J'ai l'impression que c'est ce que voulait Haneke. En sortant avant la fin du film, je lui ai peut-être rendu justice."

Sans doute Haneke est-il le seul réalisateur dont le but est de vider la salle. Il le dit lui-même dans l'interview ci-dessous: si vous restez jusqu'au bout, c'est que vous aviez besoin de voir le film. Sinon vous vous levez et vous quittez. Ce qui revient à dire, si vous regardez ce film, vous êtes au mieux un sale voyeur petit-bourgeois, au pire une graine de sadique par procuration. Oui enfin j'exagère: je l'ai regardé jusqu'au bout moi.

Mais ne comptez pas sur un effet de catharsis: ici le désespoir est total et l'anéantissement sans rémission.

Interview de Michael Haneke: PART ONE



PART TWO:


Haneke a réalisé le même film deux fois: la première en allemand en 1997, et la seconde, en version "américaine" dix ans plus tard en 2007. Il s'agit d'une reproduction exacte, séquence pour séquence, presque mot pour mot. J'ai vu la seconde version, mais mon frère prétend que le film en allemand est beaucoup plus efficace en termes d'horreur et de sadisme...enfin c'est sans doute lié à l'idiome, qu'on associe immanquablement au gros soldat Waffen SS pervers sifflant dans sa moustache:"nous afhons les moyens the fous faire parler".

Funny Games US avec Naomi Watts, Tim Roth, Michael Pitt et Brady Corbet (2007)