28 novembre 2008

Digressions

Je vous préviens, aujourd'hui j'ai envie de laisser aller ma tendance au raisonnement analogique comme je l'appelle, c'est-à-dire une forme de logique caractérisée par des sauts de coq-à-l'âne, laissant à l'interlocuteur le soin de suivre les enchaînements parfois saugrenus, mais pas totalement irrationnels. En gros, j'ai juste la flemme d'organiser mon exposé en Titre I, sous-titre I1, point A, sous-point A.a, arrière sous-point A.a.1) et ainsi de suite, merci, on a compris.

En somme comme on dit, je vous propose plutôt un jeu d'associations d'idées.


Tout a commencé ce matin avec mon envie de mettre enfin une belle photo sur ce blog. Au hasard des links et sites consultés, me voilà tomber raide devant cette photo de la reine Elizabeth II. Waw me dis-je, ça c'est une photo royale! Même si apparemment pas assez selon la reine, qui aurait protesté quand la photographe lui a demandé d'enlever sa couronne (elle voulait que ce soit less dressy!). N'empêche le résultat fait penser à un portrait d'Ingres recuisiné à la mélancolique sauce Brontë.

L'artiste n'est autre que la (très) fameuse Annie Leibovitz, vous savez, celle qui a fait des photos de groupes de toutes les stars les plus glamoures (on dit UNE star, hein?) qui existent en ce moment. Je ne vous raconte même pas la brochette fantasme (allez on joue les midinettes), Hugh Grant aux pieds de Jude Law, miam.




Outre Sa Majesté et ces messieurs, Annie Leibovitz a aussi photographié les rois du Rock&Roll, alias les Rolling Stones. C'est elle aussi qui a réalisé le cliché le plus connu de John Lennon et Yoko Ono. Cette photo, elle ne l'avait pas du tout prévue avant la séance de pose, comme elle raconte:

"What is interesting is she (Yoko Ono) said she'd take her top off and I said, 'Leave everything on' — not really preconceiving the picture at all. Then he curled up next to her and it was very, very strong. You couldn't help but feel that she was cold and he looked like he was clinging on to her. John said, 'You've captured our relationship exactly. Promise me it'll be on the cover.' I looked him in the eye and we shook on it."



L'histoire de cette photo est aussi tragique, car 5 heures plus tard, John Lennon se faisait tirer dessus dans le hall d'entrée de son immeuble, sous les yeux effarés de Yoko Ono. Le psychopathe s'appelait Mark David Chapman. On a beaucoup glosé sur ce meurtre, en raison de son côté extrêmement théâtral. En effet, en attendant la police, le criminel n'a rien trouvé de mieux à faire que de bouquiner aux côtés de la rock star refroidie. Le livre dans lequel il était plongé s'intitulait The Catcher in the Rye. Ce roman-culte a été écrit par l'américain Salinger et met en scène les pires cochonneries d'un ado en quête de sens, nommé Holden Caulfield (un nom très romanesque non?), dans le New-York des années 50.

Très romanesque l'a aussi été la déclaration de Chapman lors du procès: "I’m sure the large part of me is Holden Caulfield, who is the main person in the book. The small part of me must be the Devil."


Enfin, pour en revenir à notre Annie Leibovitz, il me reste à noter que pendant des années elle a eu une relation romantique avec Susan Sontag. Si vous aviez étudié germaniques comme moi vous sauriez que Sontag c'est une grosse pointure littéraire des années 60/70, notamment pour son essai "Against interpretation" où elle s'insurge contre l'interprétation intellectualisée des oeuvres d'art, comme si cela détournait de l'expérience purement sensuelle de l'oeuvre. A mon humble avis, c'est idiot, parce que le cerveau n'empêche pas les émotions, et qu'au contraire celles-ci peuvent se trouver décuplées quand on les passe au travers du filtre de l'intellect.
Il n'en reste par moins que cet essai est brillant, et que je vous le conseille.

Bref. De la reine Elizabeth II à Susan Sontag en passant par Salinger et Yoko Ono, finalement le monde est petit, et moi je vais peut-être arrêter de gambader (pour aujourd'hui!).






26 novembre 2008

Guido van der Werve



L'artiste Guido van der Werve est né en 1977 dans la petite ville de Papendrecht. Peut-être que la musicalité du nom de cette bourgade néérlandaise (ce shithole comme il l'appelle lui-même) lui a-elle formé l'oreille, car il insiste beaucoup sur l'importance du fond sonore de ses vidéos (ce que ce film-ci, nummer acht, intitulé Everything is going to be allright ne montre pas).

Guido van der Werve est un artiste plein d'humour, comme le révèle cette interview.

Ainsi, il parle des cours d'échecs qu'il suit à NY, car il est en train d'imaginer une oeuvre mêlant musique, piano et jeu d'échecs:

"Yeah, the Marshall Chess Club on West 10th Street. I think it’s the oldest one in the States. That’s where Marcel Duchamp went when he was living in New York. Fisher was also there a lot. I was looking for someone to work with on this chess variation, the King’s Gambit, so I looked at the bulletin board at the club where all these Grand Masters advertise. That’s how a lot of them make a living, by teaching. So I phoned up this guy to ask if he had any time for new students, and I heard this massive Russian accent, which I thought was really funny. And then when I met him for the first time, I realized he was this full-on Orthodox Jewish guy. We chatted a bit and he asked if he could see some of my games. I showed them to him, and then he looked at me and said [affecting a comically thick Russian accent] “You play chess like Hezbollah.”’

De même, lorsqu'il parle de sa vidéo "Walking Pigeon", Guido van der Werve révèle un regard plein d'ironie et de fantaisie:

'I was just hanging out somewhere in Amsterdam and staring at this pigeon walking by and I thought: It’s so fucking sad in a way that they have to move their head every time they take a fucking step. [laughter] It looked really painful, almost. So I made a thing that would push my head back and forth every time I took a step.
Maybe he walks in a way like Beckett describes it, how it’s sort of abstract, or a metaphor for struggle. But I also like to keep that very unclear. When I saw this pigeon walking by, I thought: This is a great metaphor for the mood I’m in. I didn’t know exactly why. I just knew it was.’

Toutes ses vidéos sont visibles sur le site de Guido van der Werve.

Je pense que je suis amoureuse de Guido van der Werve.

25 novembre 2008

Facebook Nightmare



Une façon marrante de montrer les différences entre le moi réel (ça-moi-surmoi) et le moi virtuel (e-moi) dont j'ai déjà parlé plusieurs fois ici.

21 novembre 2008

Google prend des airs de Magritte

A l'occasion de l'anniversaire des 110 ans de Magritte, google.be propose un logo national aux couleurs du plus surréaliste des Belges.
-"Ceci n'est pas google", aurait-il peut-être commenté, la pipe au bec.
En relisant la biographie du peintre, je me fais les deux réflexions suivantes:
  1. Comme les 90(nonante)% des Belges francophones (et moi incluse), Magritte porte comme deuxième prénom Ghislain. Je ne sais pas si c'est le cas en France, mais chez nous, ce doux nom aux consonnances germaniques était donné aux enfants pour les protéger des convulsions. N'y voyez aucun lien de cause à effet, mais c'est en Wallonie que saint Ghislain vécut, au II siècle. Une légende farfelue raconte qu'il sauva une ourse des flèches du roi Dagobert (oui oui celui de la culotte) qui chassait dans les bois du Hainaut. L'ourse se réfugia sous les habits du Saint, ce qui obligea la meute du bon roi à tourner les talons. Pour remercier le Saint, l'ourse déguerpit sans le manger, mais en emportant avec elle tous ses habits et les osties de la messe. Le saint, nu comme un verre, ne pouvait courir derrière la bête au risque de perdre sa dignitié, et il pria le Seigneur de lui faire retrouver les saintes espèces. Selon la légende, c'est un aigle qui lui indiqua alors où l'ourse se cachait, avec ses petits. Bref pour en revenir aux convulsions: il paraît qu'à Mons existait un dicton qui disait: "Saint Ghislain pou les brêyards, au môme titre que Saint-Phorien (c'est-à-dire Sainl- Symphorieii) pour les crombins « pour les boiteux »". Voilà, bienvenue chez les Ch'tis.
  2. Le prénom de la femme de Magritte est quant à lui resté très célèbre. Je veux dire, c'est incroyable mais tout le monde sait que la charmante moitié de René Ghislain Magritte, c'était Georgette (/Ghislaine?). Georgette et René s'étaient rencontré sur les chemins de l'école à Charleroi, et bien des années après être chacun monté sur Bruxelles, ils s'étaient revus par hasard sur les bancs du jardin Botanique de la capitale... Ceux qui connaissent Bruxelles comprendront combien cette scène semblerait aujourd'hui surréaliste !
Après avoir produit Magritte, Charleroi retomba dans la profonde léthargie et stérilité culturelle qu'on lui connaît...
Et le monde ne cessera de s'étonner de ce que Magritte, précurseur de bien des courants révolutionnaires du 20e siècle, soit issu d'un milieu aussi remarquablement bourgeois.

19 novembre 2008

Accoustic Graffiti




Un petit air de flûte à l'arrache au Parlement britannique, une étude de Chopin à la sauvette dans un lobby d'hôtel Palace... Voilà un genre de performances qui se veut rebelle mais sympathique. L'artiste, Oleg Lapidus, est d'origine Khazak, et a 37 ans. Il se proclame "Accoustic Graffiti Artist", ou plus simplement: "Pianocrasher". Le graffiti accoustique est un morceau de musique joué dans des endroits publics où ce n'est pas autorisé. Il a donc ce côté d'art illégal comme les graffitis, mais il se rapproche davantage de l'art de la performance (qui, éphémère, ne laisse pas de traces).

Le résultat est assez amusant, même si le discours conceptuel a un côté ado désobéissant.

Oleg explique:

"Pianocrash involves uncertainty just like any on stage performance and it makes you feel just as vulnerable or even more than a scheduled concert. Its mission is to break the stereotype and to show that art has no bounds. And it gives people unexpected joy".

(Source: Eugenie Absalom: http://www.artelite.org/)

Toshiba prend des airs de matrix

La pub et l'art font parfois bon ménage! Pour preuve, la dernière campagne de pub pour Toshiba intitulée "timesculpture".
Regardez:

Mais ce qui est dingue, c'est qu'ici, aucun traitement numérique n'a été utilisé. Seulement un jeu de caméras, comme le montre le making-off (heu mais j'avoue ne pas avoir tout pigé)


A lire: "Bullet Time Reloaded"

18 novembre 2008

Toujours plus d'encre à propos de Kulik


Le retrait des oeuvres de Kulik des murs de la Fiac par la police parisienne n'a pas fini de provoquer l'étonnement scandalisé du public. Hier, c'était le Art Newspaper qui y consacrait l'une de ses colonnes.

Très utile d'ailleurs, leur petite mise au point:

"While it is not illegal in France to show “zoophilia” (sex with animals) (excuse my greek!), article 227-4 of the penal code states that it is illegal to show “violent or pornographic images…which could be seen by minors”.
The French customs had seen the Kulik images on their arrival in France and informed the public prosecutor.“The police didn’t know which ones to take, so finally they took all the ones showing Kulik naked,” XL gallery’s director Sergei Khripun told Le Monde.

On imagine le dialogue entre les deux officiers de police:
- "Dites chef, celle où le Rouchkof est à poil mais où on voit pas tout à fait le zizi, c'est zoophile ou pas?"
- "Ah. hum. ça dépend...ya un animal et du sexe? "
- "Heu...ah oui chef, oui! Le suspect est nu, porte une laisse, et semble aboyer"
- " très bien alors on embarque"
-...
-...
- "Dites chef, c'est de l'art ça?"

Une fois les photos censurées, les deux galeristes russes se sont retrouvés menottés à un banc du poste de police voisin...comme au bon vieux temps, camarades!

Quant aux oeuvres, dont certaines avaient déjà été vendues, elles ont été remisées chez le directeur de la foire en attendant la décision des magistrats.

Permettez-moi de suggérer une solution pour la prochaine fois: aménager un cabinetto segreto.

Voilà ce qu'il faudrait créer à la FIAC: un cabinet secret comme au musée archéologique de Naples, où on enferme toutes les pièces érotiques du musée (vous savez toutes les petites statuettes en l'honneur de Priape, ces interminables membres masculins en érection que l'on dressait aux coins des champs pour encourager la fertilité de la nature).

Ce n'est pas nouveau! Ces peep-shows culturels étaient nombreux à Pompéi, paradis archéologique de l'art érotique des temps romains... Après les avoir découvertes, ces fresques olé-olé furent pudiquement recouvertes de petits paravents mais restaient néanmoins accessibles moyennant un petit supplément, "aux personnes d'âge mûr et de moralité respectable". Comprenez: gentlemen majeurs et cultivés (les femmes pouvaient toujours aller prendre un thé en attendant).

Mais donc, pourquoi pas implanter l'idée dans nos foires d'art actuel? Je suis sûre que ça rajouterait un piment dingue aux expositions... Et en plus ça pourrait être hyper conceptuel non?


Hum.

Ill: Un peu d'archéologie zoophile (Florence-Uffizi) et ci dessous: une fresque de Lupanar à Pompéi

14 novembre 2008

Ad is everywhere-même à Venise


Si l'art est partout comme j'ai la naïveté de le prétendre, et bien...la pub l'est encore plus. La pub s'affiche sur nos façades, s'impose dans nos rues, s'infiltre dans nos salons, prolifère à la télé, s'époumone à la radio, se spamme dans nos mails box, "pop-up" sur nos écrans, et je ne parle même pas de la catégorie subliminale avec laquelle on effraie le bon public des cinémas depuis des années.

C'est clair, la pub est la pire mauvaise herbe de nos paysages urbains.

Mais ce n'était pas encore le cas à Venise.

Venise avec ses palais, ses ponts, ses canaux et ses touristes semblait insensible aux sirènes des annonceurs, jusqu'à ce qu'elle se rende compte de ses possibilités de placardage inouïes, et du marché juteux que celles-ci offraient à qui savait les exploiter.

C'est ainsi que depuis peu, le méchant du dernier James Bond s'affiche en méga-giga sur la place St Marc pour y vanter les mérites de la dernière montre Swatch...
Une horreur.

Et on peut râler, parce que c'est vrai, c'est moche la pub géante. Déjà que Venise s'est transformée à Disneyland pour amoureux avec ses airs de romance de pacotille, maintenant ceux-ci seront poursuivis jusque dans leur gondole par ces matraquages de cervelle. Bye bye l'amour, l'eau fraîche et le goût de l'authentique.

Mais...

En réalité, la pub pourrait bien être un agent du sauvetage de la ville sur l'eau. En effet, l'affichage est autorisé par la loi italienne depuis peu, mais uniquement sur les échafaudages masquant les façades des bâtiments en restauration, et seulement si les autorités de la ville jugent que cela ne détourne pas l'attention de l'apparence du bâtiment, de son décor ainsi que du plaisir de le voir.
Et les gains sont énormes.


Pour exemple: Plakativ Media, une des sociétés les plus importantes dans ce marché à Venise subventionne la restauration du musée Correr (côté place) à raison de 3.5 millions d'euros, en échange de quoi elle a le droit d'exploiter l'espace d'affichage des échafaudages, soit environs 240 mètres carrés. Plakativ Media loue cet espace (en autres) aux sociétés souhaitant y afficher leur marques. Les prix varient en fonction de l'endroit d'affichage et de la saison (celle du carnaval coûte plus cher que celle des aqua alta), mais aussi du type d'affichage choisi. Le top du top étant le digital (et ça c'est vraiment moche). Enfin, on n'est pas encore sûr pour le digital, comme le précise the Art Newspaper.


Harvey Glenn, directeur de la branche anglaise de Plakativ explique:


“We started this project almost two years ago with the restoration of the middle section of the Marciana Library façade on the Piazzetta of San Marco. We had a scaffold banner in situ until August this year advertising Rolex. We are now on phase two of the Marciana restoration and this is also being funded via advertising income...”


La publicité dans la ville des soupirs n'a pas bonne presse en Italie et à l'étranger, mais force est de reconnaître qu'il se pourrait bien qu'elle ne soit qu'un mal nécessaire à la survie des bâtiments. En moins alambiqué on pourrait dire que la pub c'est vachement laid, mais drôlement utile pour financer la restauration des nombreux édifices historiques de la ville.

Ainsi se justifie dans le journal britannique la Dotoressa Renata Codello, superintendante vénitienne pour l’architecture et le patrimoine culturel:

“I have no choice: last year some of the marble facing of the Doge’s Palace fell down; this year it was a bit of the cornice of the Correr Museum. Under law I am personally responsible if a tourist is hurt. With the cuts to the funding of our ministry [25.8% in 2009], I can expect no help from government.”
Ill: La ville des doges inspire les marques: ici campagne de publicité Diesel: "global warming ready"

12 novembre 2008

Au royaume des aveugles...

Une fois n'est pas coutume: j'ai envie de parler de septième art aujourd'hui, et en l'occurrence du film étrange et dérangeant que j'ai vu hier soir: "Blindness".


Et peu comme dans 28 days later ou I am Legend, le film met en scène une épidémie fulgurante qui décime en quelques temps une bonne partie de la planète. Miam: rien de tel qu'un peu d'apocalypse pour se sentir vivant, c'est un peu ça le principe de la catharsis, non?

Mais l'originalité du scénario est d'imaginer une maladie qui rende les gens aveugles (on est loin de l'ambiance gore des morts vivants de Danny Boyle!), donnant au film une tournure métaphorique peu commune au genre Armageddonnesque. Pardon pour ce néologisme. Et nous voilà embarqués dans une fable humaniste autour des questions existentielles, telles, en vrac: "qu'est-ce qui fait de nous des hommes, quel est le rôle de notre conscience dans des cas extrêmes, le bien et le mal, et la véritable cécité est-elle physique ou morale? etc"

Dit comme ça, ça peut sembler bateau, et on le frise parfois de près, il faut bien l'avouer. Cependant les quelques lourdeurs du scénario sont totalement pardonnées au vu de l'éblouissante prouesse technique. Car le tour de force du réalisateur est d'avoir réussi à si bien jouer de sa caméra que le spectateur se sente à plusieurs reprises perdre pied lui-même: on cligne des yeux, on tâtonne, on hésite avec les acteurs, comme si nous aussi étions devenus aveugles. Fernando Meirelles explique comment il s'y est pris:

"Je crois que la principale difficulté, c'est la relation qu'on établit avec le regard. Puisqu'ils jouaient des aveugles, les acteurs ne devaient jamais regarder la caméra : ça risquait d'empêcher le public de s'identifier aux personnages, et de rendre 'Blindness' très froid. Du coup, je me suis demandé comment mettre les spectateurs dans cette ambiance d'aveuglement en utilisant, paradoxalement, des images. Il a fallu que je trouve le moyen de déconstruire les images en utilisant énormément les reflets, les gros plans, pour qu'on ne sache jamais d'où elles viennent. Du coup, on ne peut jamais se fier à ce qu'on voit, beaucoup de choses se déroulent hors cadre. J'ai vraiment séparé le son et l'image. Dans 60 % du film, on ne voit pas la personne qui parle, ou bien il s'agit de pensées, il n'y a aucun mouvement de bouche. Dans les quarante-cinq dernières minutes, il n'y a que six minutes de discours direct, le reste est composé de voix off ou de son décalé… C'est avec ces procédés que j'ai voulu retranscrire l'aveuglement. Mais c'était difficile ; je pense d'ailleurs que certains ne se sentiront pas touchés par le film".

Une audace éblouissante, au contraire, et je m'arrêterai là afin de ne pas tomber dans les jeux de mots bébêtes sur le titre.

Lire l'interview du réalisateur sur Evene: Un certain regard

Blindness: fiche résumée:

Réalisateur: Fernando Meirelles
Distributeur : Pathé Distribution
Sortie en salle : 08/10/2008

Film brésilien, canadien et japonais en couleur, 2008
Durée : 1 h 58

Adapté du roman 'L' Aveuglement' de l'écrivain portugais Jose Saramago, prix Nobel de littérature en 1998.

10 novembre 2008

Une romance au métropole


Vous connaissez le petit livre: "où s'embrasser à Paris"? Cet opuscule qui ressemble à une sorte de carte de l'amour courtois (ou moins) et vous permet de planifier à l'avance les meilleurs endroits pour roulages de pelles dans la city of love?


Aujourd'hui, moi aussi j'ai envie de donner une tournure sentimentale à ce blog, et le transformer en guide touristique pour amoureux bruxellois. Alors, laissez-moi vous révéler un endroit secret que peu de gens connaissent à Bruxelles, le genre d'endroits dont on dit vulgairement qu'ils sont des attrapes-gonzesses (mais qui finalement marchent tout autant au masculin), parce qu'ils révèlent votre étonnante originalité, votre flair hors du commun, votre sensibilité fantasque et blablabla.

Donc si vous cherchez un endroit romantique dans cette ville qui l'est si peu, je vous conseille l'hôtel Métropole, place de Brouckère.

Oui je sais, c'est étonnant, parce que le quartier n'est vraiment pas très engageant avec ses sex shops, son cinéma UGC et ses restaurants cheap pour shoppeurs de la rue Neuve: on a un peu du mal à imaginer de la romance dans un cadre pareil.

Et bien détrompez-vous, au coeur de ce marasme sale et puant, se trouve le palace Metropole, un des plus vieux hôtels de luxe de la ville, construit à la fin du 19è siècle, et toujours en activité aujourd'hui. L'idéal (autant faire les choses jusqu'au bout) serait donc de cacher les yeux de votre date et de les découvrir une fois la porte d'entrée franchie (et son groom haut-de-formé).

Plafonds dorés, lustres biscornus, tapis chamarrés, palmiers et miroirs à l'infini: tout y est pour oublier la grisaille du quotidien. Sur un fond de piano ringard, le barman noeud-papilloné s'approchera nonchalalamment, à peine vous serez-vous enfoncés dans les chesterfields rebondis, et vous demandera à mi-voix ce que vous désirez. Un vrai décor de film des années trente: pour un peu on se la jouerait Marilyn/baisers en pâmoison, vous voyez le genre...

Hum, un peu de sérieux, c'est un blog artistique!

Donc juste pour info: le Métropole fut construit à l'instigation de la famille de brasseurs belges Wielemans-Ceuppens par le brillant architecte Bordiaux, à la place de l'ancienne caisse d'épargne. Il contient plus de 300 chambres et a accueilli des personnalités comme Arthur Rubinstein, Marie Curie, Philippe Noiret (Livre d'or ici)

D'un point de vue architectural, on peut dire que c'est un véritable patchwork de styles pastichés, et fondus en un triomphe du kitsch, réjouissant comme un gâteau viennois, et sans doute tout aussi indigeste.

Et puis petite coïncidence: c'est dans les bâtiments de l'ancienne brasserie des Wielemans à Forest que s'est installé le premier centre d'art contemporain de la ville de Bruxelles, le Wiels.

Allez c'est bon, vous voyez? On revient à l'art.


A lire au sujet de l'histoire du Wiels et de la famille Wielemans: ici

9 novembre 2008

C'est arrivé le 9 novembre 1989

Au chapitre anniversaires aujourd'hui, je propose qu'on fête ensemble celui des presque vingt ans de la chute du Mur. C'est un événement auquel je tiens tout particulièrement, non seulement parce que j'adore Berlin (ça on commencera à le savoir!), mais surtout parce que c'est de ce jour-là que date ma première prise de conscience historique et politique. Le jour où la Grande Histoire est entrée dans ma petite histoire, si on veut. Je me souviens parfaitement bien des photos dans les journaux et des explications de l'institutrice: j'avais sept ans. [Pardon Mathilde pour cet accès/excès d'exhibitionisme ;)]

Alors, fêtons le mur! et rendons-lui la place métaphorique qui lui revient:

Entre quatres murs,
Au pied du mur,
Foncer dans un mur,
Raser les murs,
Mur du son
Mur d'indifférence
Mur des lamentations
Mur de la honte
Mur du silence

...et la meilleure: faire le mur.

Enfin, le mur est mort, vive le mur, comme le montre cette magnifique performance des street artists à Berlin:


Speicher blu_mp4
envoyé par urbangrassroots

c'est pas cool ça?

Davantage sur le street art berlinois: "Berlin, les méga big tags"

7 novembre 2008

Corps du délice


S'il y a bien deux mondes qui se rencontrent rarement, c'est ceux de la Justice et de l'Art, à tel point que la Justice a souvent été représentée les yeux bandés!

Enfin une exposition qui pourrait peut-être lui ouvrir de nouveaux horizons... "Corpus Delicti" est le titre de cette initiative, qui, comme son nom l'indique, se présente comme réflexion sur le corps-objet de délit pris dans l'engrenage de la justice. C'est une mise en scène de l'humain dans un décor inhumain, écrasant comme une sentence capitale, une pierre tombale, un cauchemard de Kafka.
Depuis le 29 septembre dernier, sur l'initiative audacieuse de Florent Bex, ancien directeur du Musée Mukha d'Anvers, et Benoît Noël, président de Brussels Art Central, l'art contemporain (surtout belge si je ne m'abuse) s'expose au palais de justice place Poelart, avec des stars de renommée internationale tel Wim Delvoye, et Jan Fabre.
Et ça marche! Le palais de Justice bruxellois se prête merveilleusement bien à cette relecture insolente de ses espaces grandiloquents. A part deux ou trois "brolles" comme on dit en bruxellois des Marolles (le quartier voisin), les oeuvres exposées sont d'une très belle qualité, et s'insèrent harmonieusement dans les immenses vides de la bâtisse. Au hasard de ses pas perdus, le visiteur rencontre ici un petit enfant malade assis dans un couloir, là ce mendiant accroupi sous le regard sévère des bustes de magistrats du 19e siècle, plus loin ce cheval empaillé dramatiquement éclairé... Une occasion aussi de redécouvrir cet endroit, somptueux et mégalo comme l'ambition d'un roi belge qui aurait peut-être oublié la taille réelle de son plat pays!

Belle initiative donc, à encourager pour une ville qui manque parfois si cruellement d'audace dans ses projets culturels...


RDV pour le finissage, le 20 novembre prochain?

6 novembre 2008

Obama. Barack Obama




Journée chargée d'émotions que celle d'hier! Un nouveau président...et un nouveau James Bond (sorti hier à Bxl), que demander de plus?



Dans mon esprit, ces deux événements vécus à l'écran se superposent et se confondent en cette réflexion lumineuse: Barack, le président élu EST le nouveau 007: par son charisme, son attitude terrrrriblement chic, son sourire ravageur...et les défis surhumains auxquels sa mission le confrontera tout au long de son mandat.
Et d'ailleurs, peut-être vous souvenez-vous que les producteurs de 007 avaient hésité en 2005 à remplacer Pierce Brosnan, le Bond sortant, par l'acteur black Colin Salmon? Après bien des débats (Is the world ready for a black Bond?) le choix avait finalement été fixé sur Daniel Craig, plus traditionnellement blanc, même si certains murmuraient qu'il n'avait pas assez de cette british touch pour le rôle.

Car en fait d'humour so british vous risquez d'être fameusement déçu. Fini de rigoler 007, Quantum of Solace c'est de la tragédie! Et Daniel Craig y a le sérieux d'un agent du KGB... d'ailleurs, vous ne trouvez pas qu'il ressemble un peu à Poutine?

Tel un loup des steppes, notre héros qui ne dort plus arpente les quatre coins de la planète à la recherche du sale type qui lui a tué sa copine dans Casino Royale. En bref, c'est une histoire de vengeance qui se mange froid, et même trop froid. Parce que moi un James Bond, I like it hot! Où sont passés les célèbres galipettes du héros le plus sexy (et le plus sexiste!) des grands écrans? Dans Quantum of Solace, le pauvre 007 est si stressé qu'il ne trouve plus le temps de batifoler (sauf une misérable fois) et en oublie même le nom de sa boisson préférée...
....Et ça c'est grave.












4 novembre 2008

Testez votre Web appeal !

Vous voulez savoir quel sociogeek 2.0 vous êtes? Alors tentez ce petit test! Cela peut sembler farfelu, mais c'est très sérieux au contraire. Le test a été créé par des sociologues français, en vue de mieux comprendre l'évolution de nos comportement à l'heure du Web 2.0. Les résultats vous étonneront, c'est sûr.
Commencez le test ici

Moi je suis plutôt web sexy: 92% (oui enfin, j'ai du m'y reprendre à deux fois, car à la première tentative je ne scorais que 25% !)Et vous?


Ce qui me réjouit par contre, c'est de voir sur le petit diagramme que je suis plutôt un électron libre. Alala futile illusion d'être encore quelque chose d'assez unique ;)

Lire aussi: Pourquoi sommes-nous si impudiques? qui fait écho à mon post de septembre: Darwin and the internet.

Et le blog de Jean Véronis d'où je tire cette information: Socio:testez votre web appeal.

Kundera, ce n'est pas une plaisanterie


Ma soeur m'accuse souvent de laisser mes histoires en suspens sans en raconter la fin, ce qui l'énerve profondément. Et malheureusement c'est vrai, je souffre un peu du syndrome de zapping dilettant, si propre à notre époque de consommation rapide (Kleenex et blablabla). C'est pourquoi je voudrais revenir sur l'affaire Kundera dont j'ai parlé récemment, pour vous en résumer les derniers rebondissements.

Une chose est sûre, la délation suppposée de Milan Kundera provoque un débat animé sur le net: admirateurs inconditionnés contre historiens acharnés, on s'insulte allègrement sur les forums. Pourtant, plusieurs voix d'autorité se sont élevées en faveur de l'écrivain, le disculpant totalement de cette honteuse accusation.

Quant à l'auteur, le 24 octobre dernier il réclamait des excuses à l'hebdomadaire «Respekt», qu'il menaçait d'un procès. Hier, le journal a annoncé qu'il ne publierait aucun démenti, continuant d'affirmer que le document est authentique, et préférant «s'expliquer devant un tribunal».

Kundera n'est pas seul contre tous, et onze des meilleurs écrivains contemporains ont signé une lettre de soutien marquant leur foi absolue en l'intégrité de l'auteur tchèque:

"(...) Il ne s'agit, ni plus ni moins, que de ternir l'honneur de l'un des plus grands romanciers vivants, sur des bases pour le moins suspectes. Nous tenons à exprimer notre indignation devant une telle campagne orchestrée de calomnie, et à affirmer notre solidarité envers Milan Kundera".

Les signataires sont: John M. Coetzee (Prix Nobel); Jean DanielCarlos Fuentes; Gabriel Garcia Marquez (Prix Nobel); Nadine Gordimer (Prix Nobel); Juan Goytisolo; Pierre Mertens (il est Belge!); Orhan Pamuk (Prix Nobel); Philip Roth; Salman Rushdie; Jorge Semprun.

Affaire non clôturée donc, et sur laquelle je vais devoir revenir... A moins de vous indiquer le site ou vous pourrez vous-mêmes vous informer de l'évolution de l'affaire Kundera: ici!

American visions: from Louise Bourgeois to James Turrell



Parce que tout le monde a les yeux rivés sur les USA aujourd'hui...